Le lundi 4 mai, l’Institut d’économie de l’eau a organisé une conférence à l’Université Paris Dauphine – PSL intitulée « L’eau sous tension », réunissant chercheurs, praticiens, décideurs publics et acteurs privés autour d’un diagnostic partagé : la gestion de l’eau ne peut plus être pensée comme une question purement technique. Elle est désormais un enjeu économique, politique et stratégique de premier plan.
La matinée s’est ouverte sur la présentation par notre co-directeur Stéphane Saussier de la note du Conseil d’Analyse Économique (CAE), co-rédigée avec Anne Perrot et Arnaud Reynaud, intitulée L’eau sous tension : concilier sobriété hydrique, équité et investissement. Ce document pose un constat sans détour : le modèle économique français de l’eau repose sur une logique paradoxale, dans laquelle le financement du système dépend des volumes consommés, en contradiction directe avec les objectifs de sobriété hydrique. À cela s’ajoutent une répartition des coûts déséquilibrée, un principe pollueur-payeur insuffisamment appliqué, et un sous-investissement structurel dans les infrastructures.

La première table ronde, consacrée aux évolutions nécessaires du modèle économique de l’eau face aux impératifs de sobriété, a permis d’approfondir ces enjeux. Les échanges ont mis en évidence la tension fondamentale entre un modèle hérité de la croissance des consommations et des objectifs environnementaux qui exigent précisément leur réduction. Intervenaient Philippe Gouteyron (Direction de l’eau et de la biodiversité), Juliette Lassman (OCDE) et Alexandre Mayol (Université de Lille, co-directeur de l’Institut d’économie de l’eau). Les discussions ont, entre autres, porté sur l’importance du signal-prix et les limites de l’intégration de la tarification dans les décisions des ménages.

La seconde table ronde, qui a réuni Chantal Jouanno (Accenture), Esther Crauser-Delbourg (WaterWiser), Pierre Ribaute (Veolia) et Thierry Troudet (Ecolab), a permis d’explorer les leviers de valorisation existants dans le secteur de l’eau : intelligence artificielle appliquée à la détection des fuites et à l’aide à la décision, réutilisation des eaux usées traitées, mesure de l’empreinte eau des entreprises.

L’ensemble des interventions a confirmé une conviction centrale portée par l’Institut d’économie de l’eau : la transition vers une gestion durable de l’eau suppose de dépasser les logiques actuelles et le paradigme d’abondance de la ressource. Cela rend nécessaire de se doter des outils analytiques, des cadres de gouvernance et des volontés politiques à la hauteur des enjeux.
Nous remercions chaleureusement l’ensemble des intervenants pour la qualité des échanges, Arnaud Caël pour l’animation des tables rondes, ainsi que Simon Porcher pour l’organisation de cette matinée et l’Université Paris Dauphine – PSL pour son accueil.
Merci également à Aymeric Bérenger pour les photos.























