
Salomé Guilbert est doctorante en sciences de gestion à l’Université Paris Dauphine – PSL, sous la direction de Simon Porcher. Ses recherches portent sur les rapports de pouvoir entre acteurs au sein de la gouvernance française de l’eau afin de comprendre la façon dont ces dynamiques influencent les décisions collectives de préservation de la ressource et leurs conséquences environnementales.
Quel est votre parcours et ce qui vous a conduit vers la recherche ?
Je suis diplômée de l’Ecole d’affaires publiques de Sciences Po Paris depuis 2023. J’ai d’abord travaillé pendant deux ans en ONG comme référente plaidoyer sur les enjeux de préservation de la biodiversité et de transition agroécologique.
En parallèle, je suis engagée depuis plusieurs années au sein de l’association Déclic Collectif, que j’ai notamment eu la chance de co-présider pendant 3 ans. Déclic œuvre pour une transition sociale-écologique, juste et démocratique, en accompagnant les jeunesses élaborer des propositions de politiques publiques et à porter leur voix auprès des autorités publiques et politiques.
C’est dans ce cadre que j’ai commencé à travailler sur les enjeux de l’eau, un sujet qui m’a très vite passionnée. J’ai notamment réalisé un mémoire sur les conflits d’usage de l’eau en France. Depuis, je souhaite mieux comprendre ce qui se joue au sein de la gouvernance de l’eau – qui décide, pourquoi, avec quelles conséquences. Cette interrogation m’a conduite vers la recherche. Le doctorat me permet ce temps long pour analyser les rapports de pouvoir entre acteurs et les cadres institutionnels qui façonnent les décisions de transition des usages de l’eau.
Sur quoi travaillez-vous actuellement au sein de l’IEE ?
Dans le cadre de ma thèse, je travaille sur les rapports de pouvoir dans la gouvernance française de l’eau et plus spécifiquement sur la façon dont ils façonnent la répartition des efforts environnementaux de préservation de la ressource et de partage de l’eau. L’enjeu est de considérer la gouvernance de l’eau non pas uniquement comme un espace technique mais aussi un espace traversé par des intérêts, des asymétries de pouvoir et des arbitrages qui influencent la ressource.
Pourquoi avoir choisi de travailler sur les questions d’eau ?
L’eau et les enjeux de transition de ses usages touchent à de nombreux secteurs : l’agriculture, l’industrie, le tourisme mais aussi l’eau utilisée quotidiennement au sein des domiciles… sans oublier les enjeux d’aménagement des territoires, de biodiversité, de climat, etc. Travailler sur l’eau, c’est se spécialiser sans se spécialiser puisque l’on peut travailler sur une grande diversité de domaines et d’enjeux.
Les situations de trop d’eau, de manque d’eau, de dégradation de sa qualité sont des révélateurs des chocs écologiques et du réchauffement climatique. Travailler sur l’eau et sous cet angle revient à travailler sur le partage de l’eau, des enjeux de justice, sur la coopération entre acteurs, interroger nos modèles de gestion, …
L’eau en soi est aussi un objet que je trouve fascinant, puisque la diversité de ses états façonne nos paysages, de nos fleuves à nos glaciers.
En quoi vos travaux contribuent-ils à mieux comprendre ou améliorer la gestion de l’eau ?
Mes travaux visent à mieux comprendre les dynamiques de pouvoir qui structurent la gouvernance française de l’eau et les décisions collectives au sein des instances de gestion, sur les questions de préservation de la ressource. Ils permettent d’analyser les effets des décisions sur la répartition des efforts environnementaux et éventuellement comprendre les raisons qui font que certaines politiques fonctionnent mieux que d’autres pour préserver la ressource, en identifiant les acteurs clés, les coalitions, mais aussi les mécanismes de contrôle et d’arbitrage.
Qu’aimeriez vous que le grand public comprenne mieux sur votre travail ?
Que la gestion de l’eau n’est pas seulement une affaire d’experts, de normes, de réseaux, de coûts mais une question politique. Les équilibres existants ne sont ni naturels ni neutres : ils sont construits par des acteurs, leurs intérêts, leurs interactions.
La recherche peut ainsi être un outil au service du débat public, en posant des questions qui permettent d’appréhender les choix collectifs concrets derrière les décisions de gestion sur la ressource en eau, par exemple la répartition des efforts environnementaux, des coûts et des bénéfices liés à la transition des usages.