
Pierre Ribaute, Directeur Général de Véolia France, revient dans cet entretien sur l’engagement de son entreprise, en tant que mécène et partenaire, dans la création de l’institut d’économie de l’eau.
- Qu’est-ce qui a convaincu Veolia de devenir partenaire et mécène de l’Institut d’économie de l’eau ?
Les enjeux de l’eau sont profondément renouvelés sous l’effet du bouleversement climatique. Jusqu’il y a peu, la France disposait d’une eau en abondance, avec des cycles saisonniers plutôt réguliers. Mais avec l’intensification du dérèglement climatique, le cycle de l’eau est perturbé : les sécheresses sont plus longues, les pluies plus intenses et les catastrophes hydriques augmentent. Les sondages montrent que plus de ⅔ des français ont déjà fait face à une catastrophe liée à l’eau[1]. La quantité d’eau disponible est désormais moins importante, avec pour conséquence une maîtrise de la consommation qui s’impose de plus en plus à tous les usagers. En parallèle, les sujets de qualité se sont multipliés. Au côté des pollutions diffuses – que nous traitons depuis la seconde moitié du XXème siècle-, sont apparus de nouveaux types de pollutions, liées aux micropolluants. Les besoins de préservation et de traitement sont devenus plus complexes, et l’eau est, plus que jamais, revenue au cœur des enjeux de santé publique. Toutes ces évolutions ont un impact fort sur les services publics de l’eau et de l’assainissement, leur organisation et leur économie. Aujourd’hui, les collectivités publiques, pour lesquelles nous travaillons, ne peuvent plus penser l’eau avec les grilles de lecture du passé. Elles ont besoin de mieux comprendre ces nouveaux enjeux et leur impact sur l’économie des services d’eau: quels besoins d’investissement dans les infrastructures? Quelles politiques publiques en matière de tarification pour mieux prendre en compte les enjeux de sobriété et de maîtrise voire de baisse des prélèvements? Quelle gouvernance pour être plus efficace? Pour répondre à ces enjeux complexes nous avons, plus que jamais, besoin du monde scientifique pour éclairer les choix.
- Concrètement, qu’est-ce que cela change pour une entreprise comme Veolia de s’engager aux côtés de chercheurs ?
Pour Veolia, être partenaire de l’Institut, c’est d’abord pouvoir croiser notre expertise avec la recherche académique. En tant que professionnels de la gestion des services d’eau, nous avons besoin de réflexions de fond sur notre secteur pour construire les réponses à apporter aux nouveaux défis. Je compte aussi sur les travaux de l’Institut pour nous aider à prendre du recul sur notre métier et nous challenger pour améliorer nos pratiques. Un exemple concret : à Toulouse, nous avons mis en place à la demande de la collectivité une tarification saisonnière (un prix plus élevé l’été et moins élevé en hiver). C’est un projet innovant à cette échelle dont nous pourrons sans doute, avec l’institut et la collectivité organisatrice du service d’eau, tirer des enseignements pour le répliquer dans d’autres services. Par ailleurs, nous avons besoin d’une vision prospective du secteur de l’eau , pour anticiper les solutions de demain. Par exemple, nous voyons monter les sujets des assurances et de la gestion de crise, sur lesquels nous pouvons apporter une expertise, à condition de bien analyser les enjeux et de mesurer nos performances. Enfin, je crois que la recherche peut contribuer à objectiver un certain nombre de débats publics pour de meilleures politiques publiques, axées sur la Science. Les travaux de l’I2E pourront être utilisés comme une boussole pour la prise de décision publique.
- La philosophie de l’institut est d’être un espace de dialogue entre chercheurs et acteurs du secteur de l’eau.
L’eau est par essence un objet de dialogue et de coopération. Les acteurs des territoires doivent, en effet, s’entendre pour gérer une ressource commune, souvent fragile. Aussi, il est indispensable que les travaux de l’institut d’économie de l’eau créent un espace d’échange entre les divers acteurs de l’eau en France. Cela peut passer par événements ou des formations, mais aussi par des travaux collectifs associant diverses parties prenantes du secteur. Un des objectifs doit être de faire monter en compétences les acteurs, de créer de la compréhension partagée des enjeux et de gommer les postures purement idéologiques.
Prenons l’exemple de la performance des services d’eau et d’assainissement: les critères traditionnels que sont le rendement ou la conformité ne suffisent plus à rendre compte de la performance. On pourrait, collectivement s’interroger sur de nouveaux critères, à l’aune du changement climatique : la capacité à garantir un approvisionnement en eau stable malgré les sécheresses, la capacité à apporter de la flexibilité au système pour supporter les événements extrêmes, l’évaluation des risques climatiques et l’élévation des températures, ou encore l’existence de plan de gestion de crise. Tous ces sujets sont complexes et nous avons besoin de tous les acteurs pour réussir la transition hydrique et co-construire en conscience le service public résilient et adaptatif de demain !
[1] Enquête TERRAM